L’histoire de Magda Hollander-Lafon

 

Nathalie Caillibot et Régis Cadiet

(Quatre petits bouts de pain, de Magda HOLLANDER LAFON)

Avec l’aimable autorisation d’Albin Michel

L’histoire de Magda Hollander-Lafon s’inscrit dans celle de la Solution finale, petite histoire singulière dans la grande : celle de la Shoah et celle de la Shoah en Hongrie, qui, comme l’histoire des juifs hongrois en général, est particulière et paradoxale. En effet, alors que les juifs dans l’Europe nazie étaient systématiquement soumis au programme d’extermination, en Hongrie, ils furent relativement épargnés jusqu’au mois de mars 1944. Cela n’excluait pas l’existence d’un fort sentiment antisémite dans la population hongroise, sentiment relayé par des prises de position politiques clairement anti-juives. En effet, depuis les décisions territoriales imposées par le traité de Trianon de 1920, qui avait rétréci les frontières hongroises, la communauté juive avait cessé d’être une minorité parmi d’autres pour devenir la minorité visible. Les lois raciales hongroises furent adoptées entre 1938 et 1941, calquées sur celles de Nuremberg, mais elles étaient encore plus rigoureuses et étendirent notamment le statut de juif à 100 000 convertis au christianisme portant à 825 000 le nombre de personnes appartenant officiellement à cette communauté.

Magda est née le 15 juin 1927 à Záhony, petit village à la frontière de la Hongrie et de la Slovaquie. Ses parents, Adolf Hollander et Esther Klein, n’étaient pas pratiquants. Ils se considéraient comme assimilés, Hongrois. Ses grands-parents maternels étaient eux, plus orthodoxes. Comme la majorité des juifs de sa région qui étaient commerçants, ouvriers, artisans, son grand père, Samuël Klein, dirigeait une modeste fabrique de chaussures à Zsürk, à quatre kilomètres de Záhony. Le samedi, les Klein se réunissaient, Magda connut ainsi certaines traditions juives.

Sa sœur, Iren, naquit en 1932. Deux ans plus tard, les Hollander déménagèrent pour Nyíregyháza, se rapprochant ainsi de la ville de Debrecen pour permettre aux deux filles de faire des études.

L’histoire bascula le 19 mars 1944, lorsque Hitler envahit la Hongrie. A ce moment-là de la guerre, l’armée nazie était plutôt sur des positions défensives, mais ses dirigeants croyaient toujours en la victoire. Hitler savait qu’un débarquement à l’Ouest se préparait mais pensait qu’il pourrait être repoussé. Les forces étaient donc concentrées à l’Est pour contrer l’avancée soviétique. L’occupation militaire de la Hongrie, ce pays allié, ne fut pas seulement motivée par la volonté de parfaire la Solution finale, elle eut aussi comme objectif de le maintenir au sein de la coalition de l’Axe et de s’assurer de son soutien militaire. En outre, cela permettrait de s’approprier les réserves industrielles et agricoles du pays d’autant plus intéressantes qu’elles étaient en grande partie détenues par des juifs. Enfin, la population déportée fournirait une importante réserve de main d’œuvre à un moment où le Reich commençait à en manquer gravement.

Le 22 mars, le Régent Horthy nomma Döme Sztójay premier ministre dans l’idée qu’il saurait négocier le sort du pays et des juifs, puisqu’il n’était pas particulièrement marqué comme antisémite. Horthy expliqua au nouveau gouvernement que la « question juive » relevait de son unique compétence. Neutre en apparence, Sztójay connaissait parfaitement les intentions nazies, et il était décidé à collaborer. Il nomma à deux postes clés du ministère de l’Intérieur deux antisémites convaincus et leur confia le soin de régler les « affaires juives » : László Endre fut chargé des questions administratives et législatives et László Baky eut en charge les aspects politiques. Ils élaborèrent le plan d’ensemble en étroite concertation avec l’équipe d’Eichmann qui comprenait quelques SS parmi les plus convaincus : D. Wisliceny avait dirigé la déportation des juifs slovaques et des juifs grecs ; T. Dannecker , celle des juifs français, bulgares et italiens, de véritables experts qui préparèrent minutieusement les étapes du processus : établissement de conseils juifs, isolement, expropriation, ghettoïsation, regroupement et départ des convois vers l’extermination.

Dans aucun autre pays, le programme de la solution finale ne fut mené avec autant d’inhumanité lucide et de rapidité. Il faut également souligner que les décisionnaires politiques avaient à leur disposition les instruments d’état – police et gendarmerie –, sans lesquels la déportation massive, entre le 15 mai et le 9 juillet 1944, à Auschwitz-Birkenau de 437 403 juifs hongrois n’aurait pas été possible.

Les décisions prises, les policiers locaux procédèrent aux rafles, en commençant par la région où habitaient les Hollander, la plus proche de la frontière polonaise, et des troupes de l’armée rouge qui progressaient. Dès le 16 avril, les juifs de 60 villages proches de Nyíregyháza avaient été arrêtés et conduits dans les maisons repérées comme appartenant à des membres de cette communauté, ce qui constitua le ghetto de la ville. Le 27 avril, ce fut le tour des habitants juifs de Nyíregyháza. Esther, Magda et Iren furent dénoncées par des voisins, pratique qui fut courante : la Gestapo et la police hongroise enregistrèrent plus
de 35 000 dénonciations. Lors de leur arrestation, Adolf était absent (Magda apprit plus tard qu’il était mort dans « l’hôpital » du ghetto avant sa déportation). Avant leur départ, Madga vit des habitants du quartier se précipiter dans leur maison pour faire main basse sur ce qu’elles avaient dû laisser.

Ce fut entre 15000 et 17000 juifs qui restèrent concentrés dans quelques maisons pendant une dizaine de jours, un périmètre bien visible en pleine ville, gardé par les gendarmes. Il pouvait y avoir douze à quatorze personnes dans une chambre. Ils furent ensuite regroupés dans d’autres lieux, qu’ils gagnèrent à pied, portant leurs bagages, insultés. Magda, sa mère et sa sœur furent parquées à Harangod-Birke, un lieu-dit où se trouvaient trois hangars à foin. Les familles dormaient par terre. Les gendarmes continuèrent à les fouiller pour les voler.

Au bout de quelques jours, les juifs repartirent pour la gare de Nagykálló, distante d’une quinzaine de kilomètres. Affaiblis par la faim et les mauvais traitements, ils furent embarqués sans ménagement dans des wagons à bestiaux, d’une capacité de 45 à 50 personnes, mais où ils durent entrer à 90, 100, voire davantage. Les gendarmes répétaient en les poussant : « Vous en faites pas, vous allez travailler ». Et ils le croyaient. Le voyage dura trois jours dans l’obscurité, avec un seau en guise de latrine, un bidon d’eau, et pour certains, encore un peu de nourriture. Le processus d’extermination avait déjà commencé.

Dès le printemps 1944, en prévision de l’arrivée quotidienne de 12 000 à 14 000 Juifs hongrois, le commandant du camp de Birkenau avait fait prolonger la voie ferrée jusqu’à 200 mètres des Krematorium et les effectifs des commandos spéciaux des chambres à gaz avaient été quadruplés. Fin mai 1944, le convoi de Magda s’arrêta sur la rampe de sélection dite « des Hongrois », dans un petit matin obscur et glacial. Des déportés étaient spécialement affectés à l’organisation des arrivées. Eux savaient ce qui se passait. Au risque de sa vie, un de ces prisonniers passa plusieurs fois dans les rangs et Magda entendit ce qu’il murmurait, sans bouger les lèvres : « Tu as dix-huit, tu as dix-huit ans »….

Tout d’abord, on séparait les hommes et les femmes en deux rangs ; les enfants, restaient avec un de leurs parents pour éviter les tentatives de résistance et garantir le plus de calme possible. Puis, la sélection proprement dite commençait : ceux qui allaient entrer dans le camp, à droite, ceux qui allaient être immédiatement assassinés dans les chambres à gaz, à gauche. Mengele1 participa à la sélection du convoi de Magda. Il lui demanda son âge, elle répondit : « Dix-huit ans ». De sa badine, il désigna la droite. Esther et Iren partirent à gauche.

Les « aptes au travail » furent amenées au « Sauna ». À l’entrée se trouvait un plateau rond, sur lequel devait être déposé tout ce qu’elles possédaient encore. Magda y laissa les photos de sa famille. Les femmes furent poussées dans un local. Elles furent rasées, avec des gestes brutaux et des outils mal aiguisés. Local suivant : la douche, où quelques gouttes tombaient, tantôt glacées, tantôt brûlantes, sans savon et sans linge pour se débarrasser de la crasse, de la sueur, de l’odeur des wagons, et enfin la désinfection, à coup de jets de poudre blanche, piquante et irritante. Aux prisonnières, encore mouillées, il fut jeté une blouse beige, à peu près à leur taille. Au sortir de ce bâtiment, le processus de déshumanisation était mis en place. Une autre étape aurait dû être le tatouage. Mais, à l’instar de certains hongrois, Magda n’a pas été tatouée, peut-être parce qu’ils étaient destinés à être gazés rapidement (ou alors à être envoyés comme main d’œuvre dans d’autres camps de travail).

Les prisonnières se retrouvèrent dans un ensemble de blocks en bois, dit « quarantaine ». Complètement perdues, mais persuadées d’être dans un camp de travail, elles se demandaient où étaient leurs proches, questionnaient la blockälteste2. La femme tendit son doigt vers les cheminées des Krématorium : « Regardez là-bas ». Magda vit de la fumée et des flammes sans comprendre. « Regarde, ta mère et ta sœur, elles sont déjà dedans »…

En quarantaine, elle apprit les règles de la logique pernicieuse de l’univers concentrationnaire : la faim, la violence des kapos, les vols… les appels interminables, sous le soleil, en rangs par cinq, les corps qui tombaient, épuisés. Après une quinzaine de jours, Magda fut transférée au Läger BIIc, dit « camp des hongroises ». Dans ces Blocks s’entassaient près de 1000 déportées. Sur les châlits, les corps de six à douze personnes devaient trouver place, la nuit. Le jour, il fallait travailler. Magda fut affectée à plusieurs Kommandos : elle cassa des cailloux, ordre lui fut donné de ramasser les cadavres autour des baraques, et elle charria des cendres humaines, travail normalement réservé aux hommes. Lors d’une sélection d’une quarantaine de femmes, Magda fut affectée au Krematorium IV, où elle devait prendre les cendres avec une pelle, les verser dans une charrette, puis pousser jusqu’au lac avoisinant. Il fallait rentrer dans l’eau pour renverser le contenu. Plusieurs fois, Magda crut se noyer. Du lac, elle vit la fosse V. où des corps brûlaient. La fumée était épaisse et l’odeur insoutenable. Magda fut témoin des pires horreurs ; de même que les Sonderkommandos3

Dans ce camp, elle subit la violence de la kapo du block 8, Edwige, elle croisa le regard de la surveillante-chef, Irma Grese, connue pour son sadisme et sa perversité. Elle y reçut aussi quatre petits morceaux de pain moisis des mains d’une « musulmane » (terme employé dans les camps pour désigner un détenu à bout de forces, maigre et décharné, survivant dans un état voisin de la mort) et en même temps un message qui inspira, bien plus tard, son témoignage.

Des rumeurs d’une liquidation du Läger BIIc circulaient régulièrement, elles enflèrent après celle du camp des tziganes, dans la nuit du 2 août 1944. Magda, lors d’un appel au matin du 20 août, quitta son rang qu’elle pressentait destiné aux chambres, à cause de l’état de délabrement des dos et des pieds, qu’elle avait appris à « lire » et réussit à se glisser dans celui d’à côté. C’est ainsi qu’elle se retrouva dans un groupe de « travailleuses forcées » à destination de Walldorf, près de Francfort, en Allemagne. Ce camp faisait partie du vaste réseau concentrationnaire qui s’était développé depuis le début de la guerre sur l’ensemble du territoire allemand, réseau qui prenait en charge une partie conséquente de l’effort de guerre. Pour satisfaire les besoins insatiables de l’industrie d’armement allemande, Auschwitz-Birkenau était un gigantesque réservoir de main d’œuvre.

Le trajet dura trois jours. Le 22 août, les 1700 juives hongroises « commandées » à Birkenau, arrivèrent dans la banlieue de Francfort, dans un camp de travail placé sous le commandement du camp de concentration de Natzweiler.

Le projet affecté à ce camp était gigantesque, mené par l’organisation Todt, le département de construction du ministère de l’armement, il avait été confié à la firme Züblin. Il s’agissait de construire une piste de béton d’où pourrait décoller le Messerschmitt 262, premier avion à réaction qui devait être le fleuron de l’armée du Führer. D’autres infrastructures devaient aussi être réalisées : une voie ferrée pour acheminer le matériel jusqu’à l’aéroport, des aires de stationnement à l’intérieur de la forêt pour les avions, avions qui devaient également être camouflés afin qu’ils ne puissent être vus par les forces aériennes alliées, la construction de deux pistes annexes en lisière des bois et d’une voie les reliant. A leur arrivée, les femmes furent enregistrées. Magda fut la 785ème détenue, sous le numéro 27 787.

À Walldorf, Magda cloua des traverses le long de la voie ferrée. Elle y connut aussi le « bon gardien » ukrainien dont il est question dans Les Chemins du temps. À partir d’octobre 1944, l’aéroport fut régulièrement bombardé. Les Alliés progressant sur le front de l’Ouest, Walldorf fut dissout le 23 novembre. Seulement six décès y furent officiellement enregistrés. Cependant, il semble qu’environ 1650 détenues furent convoyées vers le camp de concentration de Ravensbrück, 50 femmes auraient donc en réalité disparu.

Elles arrivèrent vers le 27 novembre. Magda a dû être immatriculée mais son numéro reste inconnu, les S.S. ayant détruit plus de la moitié de leurs archives en avril 1945. Des wagons à bestiaux, les Hongroises furent directement
envoyées dans « l’enfer » de Ravensbrück : une tente militaire que le commandant avait fait dresser en août 1944, entre deux baraquements en bois, pour faire face à l’afflux des arrivées dans un camp déjà surpeuplé. Polonaises du ghetto de Varsovie, Hongroises évacuées d’Auschwitz et quelques Françaises. Plus de 3000 femmes y furent enfermées, parfois avec des enfants, à même le sol, sans aucun moyen de se protéger du froid intense, et aucun confort, même rudimentaire: les épidémies les ravageaient, mais aussi la folie. Magda y resta dix jours, puis fut transférée dans un baraquement en bois, où sa principale activité consista à lutter contre ses poux. Une seule fois, elle fut envoyée travailler, dans un chantier de sable.

Le 19 décembre, lors d’un appel, Magda changea à nouveau de rang et partit ainsi pour un autre camp de travail au sud de la Silésie : Zillerthal. Établi à Erdmannsdorf, petite ville industrielle, ce camp était en activité depuis l’automne 1940. D’abord « camp de travail forcé pour les juifs », environ 150 femmes, des juives polonaises, y travaillaient dans une usine de tissage, sous le commandement de l’organisation Schmelt, pour le compte de l’entreprise « Erdmannsdorfer Leinenfabrik ». En juillet, étaient arrivées d’Auschwitz, 200 juives hongroises et début décembre 1944, 150 autres. Le convoi de Magda étant composé d’une cinquantaine de déportées, la population totale du camp avoisinait les 500 personnes. Débarquées là vers le 24 décembre, les femmes furent comme à chaque fois comptées et recomptées. Les conditions de survie étaient moins extrêmes qu’à Birkenau : dans les baraquements, il y avait un robinet, et elles disposaient d’un châlit par personne. Le trajet de trois à quatre kilomètres entre le camp et l’usine se faisait à pieds, deux fois par jour, dans la neige. Le bruit dans l’usine était assourdissant, il fallait sans cesse lancer et relancer les navettes de fils. Surveillées, insultées, les travailleuses forcées produisaient du tissu pour les uniformes militaires.

Cependant, l’armée soviétique atteignant les frontières du Reich, les immenses complexes concentrationnaires durent être évacués à la hâte vers l’intérieur pour que les déportées continuent à « soutenir » les efforts de guerre d’un empire qui s’effondrait de plus en plus rapidement. Le 17 février, les détenues de Zillerthal furent réparties en deux groupes : environ 200 furent transférées à 70 kilomètres, dans un autre camp extérieur, Gablonz, les trois cents autres, dont Magda, dirigées vers Morgenstern, de l’autre côté du Riesengebirge.

En plein hiver, elles parcoururent 60 kilomètres dans ces montagnes, soit 10 à 12 kilomètres par jour, en robe, leur couverture sur le dos. Sans nourriture, elles mangèrent de la neige. Une semaine plus tard, la colonne atteignit la destination fixée par les directives SS, Morgenstern, un sous camp de Gross-Rosen, dans les Sudètes. Les femmes furent envoyées travailler à Iserwerke, une usine produisant des pièces pour le chasseur Me 262. Mais les Alliés progressaient toujours vers le cœur de l’Allemagne, les bombardements s’intensifiaient. Ce pourquoi, le 12 mars, les installations et les déportées de Iserwerke furent convoyés dans la zone de Mittelbau.

Le jeudi 15 mars 1945, le train parvint à Nordhausen, ville industrielle moyenne du nord de la Thuringe. 294 femmes trébuchèrent des wagons, affamées, assoiffées, épuisées. Elles furent enregistrées comme « juives hongroises » : le matricule F-150 fut attribué à Magda. Ensuite, elles marchèrent jusqu’au village de Grosswerther, qui devint un camp satellite totalement improvisé, établi dans les greniers des deux auberges du village. Les SS y gardèrent leurs prisonnières plus de trois semaines. Une trentaine de femmes, dont Magda, furent envoyées à quelques reprises dans une des usines souterraines de Nordhausen, centre névralgique des derniers efforts de guerre. Elles auraient dû y fabriquer des clous destinés à la construction des avions A4, mais elles se donnèrent le mot pour saboter le travail.

Après le bombardement de Nordhausen par l’aviation alliée, les femmes furent laissées à l’abandon dans les salles des auberges. Le 4 avril au matin, les SS les mirent en rang pour un nouveau convoi. Elles parcoururent 17 kilomètres jusqu’au bourg de Bleicherode, où elles dormirent à même le sol dans une école. Le lendemain, elles marchèrent douze kilomètres et arrivèrent à Bischofferode.

La situation devenait de plus en plus confuse. Des femmes repartirent en camion, d’autres continuèrent à pied dont Magda qui, avec quatre autres Hongroises, réussit à sortir du rang et à se cacher dans un bois. Elles y restèrent six jours. Le 12 avril, par hasard, un tank américain stoppa aux abords, l’une d’elles se montra alors, suivie des quatre autres, squelettiques, rongées par la gale… Avant de continuer leur route, les soldats les confièrent à des fermiers, avec ordre de les héberger, de les vêtir, de leur permettre de se laver. Le groupe fut ensuite conduit dans un camp dit « de transit », sûrement dans l’enceinte de Dora ou un des sous-camps du complexe.

Après trois semaines dans ce « camp pour personnes déplacées », Magda et ses quatre compatriotes, dont aucune ne souhaitait retourner en Hongrie où personne ne les attendait, réussirent à monter dans un train qu’elles pensaient en partance pour la France, pays qui, dans leur esprit, était celui de leur liberté. Cependant, attirées par l’odeur du pain, par l’accueil fait aux résistants belges, elles descendirent à Namur. Identifiées comme juives, elles furent confiées à un rabbin américain, probablement de l’organisation American Jewish Joint Distribution Committee and Refugee Aid. Atteinte de tuberculose, Madga fut soignée à l’hôpital de la ville. Le rabbin mit ensuite une maison à la disposition des cinq survivantes. Magda y séjourna de mai à septembre 1945. Elle entreprit des études d’éducatrice pour enfants, apprit le français.

Durant près de dix ans, elle séjourna et travailla en Belgique, tout en faisant l’objet d’enquêtes régulières de la police des Etrangers auprès de laquelle elle dut renouveler à maintes reprises sa demande de permission de séjour. Elle est la seule survivante de sa famille, l’une des rares de sa ville natale et plus largement de la communauté juive hongroise : en 46 jours et en 147 convois, 437 403 personnes ont été déportées. 350 000 d’entre elles ont été assassinées dès leur arrivée à Auschwitz-Birkenau…

Nathalie Caillibot et Régis Cadiet

1. Seuls les médecins SS du camp (Lagerätze) étaient habilités à opérer cette sélection, qu’ils désignaient par l’expression « service sur le quai ». Joseph Mengele, médecin SS du camp d’Auschwitz-Birkenau, y procédait très fréquemment, faisant le tri entre les Häftlinge (aptes au travail) et les non-Häftlinge. Il se rendit également coupable de nombreuses expériences pseudo-médicales.↩
2. La doyenne du block.↩
3. Groupes de détenus chargés de faire fonctionner les fours crématoires, et destinés à être exterminés.↩

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