Le témoignage de professeurs

 

Ce que le travail avec Magda nous apporte

Depuis 2006, nous travaillons avec Magda. Travailler n’est d’ailleurs pas le mot juste puisque nous avons tissé des liens d’amitiés et que les enjeux sous-tendus par cette démarche relèvent plus d’un devoir moral et humain que d’une obligation de service.

Magda est venue plusieurs fois visiter les élèves du lycée. Le contact qu’elle noue avec les jeunes est déjà, en soi, une raison de l’inviter.

Magda sait parler à l’intelligence, à la raison et au cœur. Ses interventions sont minutieusement préparées par un questionnaire. Il interroge chaque jeune dans ce qu’il sait ou croit savoir mais plus encore dans ce qu’il est . Ces questionnaires sont l’occasion d’échanges, pendant son dépouillement avec Magda mais aussi après, en cours, pour prolonger la réflexion et l’échange.

Le témoignage qui suit quelques jours après, et qui dure plus de trois heures, est un formidable dialogue entre Magda et chacun (insistons sur ce chacun). Le récit de la déportation et de la vie dans les camps dépasse le seul champ de l’Histoire. Il interroge la philosophie et sans doute aussi l’anthropologie. Il veut dépasser l’exposé de l’horreur des camps pour inviter à voir et à sentir le formidable appel à la vie que tous les lecteurs et auditeurs de Magda comprennent et connaissent. Il ne reste pas figé sur la violence et les pensées mortifères mais il appelle au bien, et à l’humanité des paroles et des actes. Ce faisant, il confie une mission à chaque jeune mais aussi il renouvelle profondément notre manière d’enseigner la shoah et de transmettre la mémoire.

Cette expérience est encore plus forte quand on a eu la chance d’être accompagnée par Magda à Auschwitz-Birkenau. Pour nous, c’était en février 2012, avec une quarantaine de jeunes lycéens. On ressent une oppression indicible à visiter ce camp. L’émotion submerge naturellement beaucoup plus que lorsque nous évoquons ces questions en cours d’histoire. Au retour de la visite Magda a invité chacun à s’exprimer, à se dépouiller de sa douleur, de la souffrance, d’une certaine forme de culpabilité, voire de la haine qui peuvent nous saisir face à cette « usine » de l’horreur.

Après ces expériences, nous amenons sans doute les élèves, non pas seulement à connaître ce qui s’est passé mais à interroger les pourquoi. La mémoire, nous ne la transmettons plus uniquement comme le récit et la compréhension des faits historiques mais nous essayons de faire saisir aux élèves que la shoah résulte de choix idéologiques du passé, du présent et des enjeux de l’avenir. En ce sens notre mission pédagogique vise à faire comprendre que la mémoire n’est pas une fin en soi mais qu’elle doit être une prise de conscience, éclairée par l’histoire, qui appelle chaque citoyen à ses propres responsabilités. Magda nous a aidés à  mieux saisir, à mieux appréhender et à mieux exercer notre métier d’historien qui nourrit la mémoire et qui s’en enrichit en retour. C’est un don estimable et nous lui en savons gré.

Dominque ALLIAUME et Emmanuel HAVARD
Professeurs d’histoire-géographie au lycée Jeanne d’Arc de Vitré.

 Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(requis)

(requis)