Mai 132015
 

VernissageACCErnstVoici les discours lus lors du vernissage à la Bibliothèque de Rennes 2
– d’Ernst Knöß, membre de notre association et co-créateur de l’exposition Gegen den Strom en Allemagne
– de Bertrand Bernicot, Président de Vivre en Paix ensemble

         Ernst Knöß :

 » Le patient travail conceptuel d’hommes et de femmes droits commence à porter des fruits en Allemagne : une nouvelle façon de penser émerge timidement dans certains groupes de la population et trouve la force de se présenter publiquement, avec un certain espoir de réussite.

Je voudrais contribuer à ce que l’impuissance muette des justes se transforme en paroles claires  de vérité, d’éclairage et de connaissance.

A la suite du « Saint empire germanique de nation allemande », l’empire allemand de 1871, la 1ère guerre mondiale, la République de Weimar, l’époque nazie, la division de l’Allemagne pendant la guerre froide ont marqué, dans l’histoire récente,  les rapports de force en Allemagne ; la psychologie des peuples, leur conscience, leur subconscient, la spiritualité et la conscience des individus, les thèses et les pratiques de l’économie néolibérale ont profondément été marqués par le quadrige de la Peur, de la Culpabilité, de la Souffrance et de la Mort.

Le sujet, les lieux et les dates de l’exposition offriront l’opportunité de présenter de façon exemplaire, au-delà des régions et nations, des hommes et des femmes qui, mus par un humanisme profond, agirent avec sincérité et responsabilité.

Si l’on tient compte de l’efficacité et de la portée de la résistance, au III° Reich elle ne fut pas le fait des castes au pouvoir, ni de l’administration ni des élites du système. Les résistants se trouvaient surtout parmi ceux qui à contre-courant avaient gardé le courage, de l’humanisme et l’amour, donc parmi les gens humbles, communs. En conséquence la résistance eut des facettes multiples.

La nouvelle façon de penser perceptible actuellement et ma propre vie de 1945 à aujourd’hui, m’ont motivé à participer à cette exposition par deux modules. Les témoins oculaires sont irremplaçables.

Seul celui qui a vécu intensément, est à même de comprendre ;

Celui qui a un vécu, peut le rapporter ;

Celui qui a observé, peut le décrire ;

Seul celui qui est ému profondément, peut saisir ;

Celui qui est touché, est capable d’empathie ;

Celui qui est bouleversé, ressent de la compassion ;

Les souffrances, la culpabilité, la mort, la peur et la puissance peuvent être sublimées en progrès humains comme l’humanisme, la responsabilité, la dignité, la vérité et la équité. C’est précisément cette voie à laquelle on ne peut renoncer et qu’on doit poursuivre. C’est la voie vers la paix, l’amour et le sens.

L’homme est ce qu’il est par la cause qu’il épouse, et il devient humain en se donnant à l’autre. » Ernst Knöß 

 

        Bertrand BERNICOT

 » Bonsoir à tous, bonsoir à chacun, bonsoir à chacune.

Sans lieu d’exposition, pas d’exposition. Merci M.Gilbert NICOLAS qui, en votre qualité de Président du Centre Franco-Allemand de Rennes, nous a guidés vers vous Mme BORIE, directrice de cette Bibliothèque de l’Université de Rennes 2.

Notre première reconnaissance, nous voulons l’adresser aux jeunes qui ont traduit cette exposition du Musée Juif de Francfort et de l’Institut Fritz Bauer. L’enjeu pour nous consistait à créer des opportunités pédagogiques sur un pan de l’Histoire méconnue. Merci à tous les professeurs qui se sont engagés volontairement dans cette aventure. Cette exposition se veut aussi une représentation du travail dans l’ombre des professeurs. Ce travail montre combien notre jeunesse regorge de force créatrice qui ne demande qu’à être guidée au service du bien commun. Cette exposition est ainsi une invitation à ne jamais céder à la tentation de pointer du doigt nos jeunes ; à nous de leur donner la capacité d’exprimer le meilleur d’eux-mêmes. Tel est le fil directeur des propos de Magda qui invite aussi, sans le dire, les professeurs à une transmission de vie.

Notre deuxième reconnaissance, nous voulons l’adresser à ces INCONNUS aujourd’hui connus, et à leurs descendants. A travers toi, Ernst, qui est le neveu d’un de ces hommes éclairés par cette exposition, se révèle un courage qui nous impressionne… une bravoure qui non seulement nous émeut mais aussi nous questionne sur notre capacité à nous engager aujourd’hui contre ce que nous pensons être des injustices

Le COURAGE, c’est aussi celui de ces hommes et de ces femmes en Allemagne qui, comme toi Ernst, ne se sont pas satisfaits de l’Histoire officielle, celle qui faisait que la période entre 1933 et 1945 était, au tout début des années 60, résumée en une seule page dans ton livre d’Histoire. La vérité dérange et c’est précisément pour cela que nous devons la rechercher et l’aimer. Avec 3 jeunes, tu as voulu déterrer les mémoires enfouies du camp de Mörfelden Walldorf, ta commune, un camp rattaché au camp de concentration plus connu de Natzweiler-Struthof ; le camp de Walldorf avait disparu dans la forêt ; au départ de vos recherches, quasiment personne n’en reconnaissait l’existence ; c’est dans ce camp que pendant 3 mois travailla Magda (notre Présidente d’Honneur) avec 1700 autres jeunes filles et femmes hongroises toutes prisonnières d’Auschwitz ; alors tu partis avec tes 3 amis à la recherche de témoins jusqu’à envoyer des appels à témoin dans des journaux en Israël ; en 1980, tu inauguras une stèle de mémoire en souvenir des victimes ; 20 ans + tard avec d’autres amis, tu accueillais Magda et 30 autres rescapées sur le lieu même de ce camp… le début de la réconciliation en profondeur de Magda avec l’Allemagne.

Il y a quelques années, Ernst, tu contactas l’institut Fritz Bauer pour avoir la possibilité de trouver de nouvelles documentations dans leurs archives et puis les historiens de l’Institut et du Musée juif de Francfort voulurent rendre compte de tous ces actes que je veux ici qualifier de résistance, même s’il ne s’agit pas de résistance au sens classique d’opposition politique au régime nazi.

Et puis lors de tes rencontres à Rennes avec Magda et avec d’autres membres de l’association Vivre en Paix ensemble a grandi l’idée de cette traduction ; cette traduction qui est donc née d’une amitié franco-allemande est vite devenue comme une évidence, comme une nécessité : Magda avait semé les graines depuis des années avec ses interventions dans les lycées et collèges d’Ille-et-Vilaine, elle avait laissé des traces dans la mémoire, il fallait récolter. C’est ce que nous avons fait cette dernière année. La récolte est belle. L’exposition Gegen den Strom est ainsi née mi 2012.

Je tiens à remercier ici tout particulièrement Mme DRUMMER, historienne du Musée Juif de Francfort, elle a été une facilitatrice exemplaire.

Pensons maintenant un instant au symbole de ce trait d’union que la traduction du nom de l’exposition Gegen den Strom a créé : A contre-courant. Un trait d’union symbole de la solidarité de ces hommes et de ces femmes envers des juifs pourchassés, au péril de leur vie et certainement de leur famille. La thématique si bien travaillée dans cette exposition de la solidarité nous parle ici en France, ici et aujourd’hui. C’est bien le 3è pilier de notre devise républicaine qui est ici mis en avant avec cette grande question : comment créer des relations fraternelles, ici et maintenant ?

Ce trait d’union, ce symbole de la solidarité est au cœur de la pédagogie de Magda depuis plus de 35 ans. Aider les jeunes à comprendre qu’ils peuvent agir ici et maintenant, en étant plus solidaires les uns des autres, en réagissant aux injustices, en ne cédant pas à la peur, en agissant pour créer un mieux vivre ensemble, concret, autour d’eux, au sein même de leur école, dans leur famille, dans leur quartier. En faisant attention au regard qu’il porte, un regard qui peut être destructeur ou donner des ailes, comme dirait Magda.

Notre troisième reconnaissance, nous l’adressons à toutes les ENERGIES qui se sont rassemblées pour réaliser ce travail et pour le soutenir. Merci M.RODRIGUEZ pour votre détermination, vous avez été notre premier soutien, un soutien indéfectible, merci Mme BRIERO pour votre aide, le financement notable de la Région Bretagne confirme notre intention de diffuser notre exposition dans les établissements scolaires bretons avec l’appui de nos amis de la Fédération des associations d’Amitié Franco-Allemandes de Bretagne. Nous venons d’apprendre que l’AMBASSADE d’Allemagne va soutenir la création du livret de l’exposition que nous ne pouvions aujourd’hui réaliser financièrement, qu’elle en soit remerciée.

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont apporté leur pierre. Merci à tous ces anonymes qui au travers de notre site Internet nous ont permis de récolter près de 700€, merci à Marie-Hélène et Daniel SIRAN qui ont créé notre site et le font vivre. Je tiens ici à préciser que le 1er financeur de notre exposition est une association allemande que tu présides, Ernst, tu rapporteras à tous les membres de ton association nos salutations les plus fraternelles. Le montage financier complexe de cette exposition confirme combien la société civile est un des leviers de l’engagement citoyen.

Cette exposition est née, elle va maintenant vivre, d’abord ici au sein de cette Université, elle grandira ensuite dans les lycées partenaires et ailleurs en Bretagne, elle sera, nous l’espérons l’occasion de conférences, de rencontres. Nous remercions tout chaleureusement les doigts de fée des couturières de notre partenaire L’Atelier LE MEE qui a imprimé l’exposition en tissu pour qu’elle soit aisément transportable et stockable. Notre ambition est de dupliquer cette exposition pour démultiplier notre capacité à faire connaître cette exposition qui nous interpelle dans nos cœurs et nos consciences. Nous reviendrons donc vers vous Mme BRIERO, vers vous M.RODRIGUEZ et vers vous M.NICOLAS car nous aurons besoin de l’aide d’autres Régions, d’autres municipalités, d’autres ONAC, d’autres Centres Franco-Allemands. Nous avons pris contact avec la Mairie de Paris et prochainement avec la Ville de Lyon qui est jumelée avec la Ville de Francfort.

Nous saisirons au vol toutes les autres énergies pour rester A contre-courant. Notre Forêt des P’tits Bonheurs, elle aussi, était à contre-courant et c’est ce qui a fait sa force et sa beauté. Merci à tous.

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