Magda Hollander-Lafon – Vivre en paix ensemble
Jan 062017
 

Vendredi 9 décembre 2016, au Lycée Louis-Guilloux à Rennes, Magda Hollander-Lafon a été décorée par le recteur d’académie Thierry Terret, pour son engagement auprès des jeunes depuis plus de trente ans. Voici le très beau discours de remerciement qu’elle a prononcé. Merci pour tout ce que tu es Magda !

« Monsieur Le Recteur d’Académie,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Vous avez bien voulu, Monsieur le Recteur, présider cette cérémonie au cours de laquelle je reçois l’insigne de Commandeur dans l’Ordre des Palmes Académiques.

Je vous en remercie et j’exprime, à travers vous, ma gratitude envers la République qui tient ainsi à m’honorer.

Je tiens également à remercier Monsieur Frédéric Doublet, Inspecteur Pédagogique Régional d’Histoire-Géographie, dont je connais le rôle important dans l’honneur qui m’est fait aujourd’hui.

Comment aurais-je pu imaginer que les Chemins de la Mémoire me conduiraient jusqu’ici ?… Car c’est bien au nom de cette mémoire que je reçois cette distinction.

En 1978, la théorie négationniste s’est déchaînée. Rappelons nous que Darquier de Pellepoix commissaire général au question juives sous Vichy, avait déclaré qu’à Auschwitz, on n’avait « gazé que des poux ». Le don des Quatre petits bouts de pain, reçu des mains d’une mourante, s’est alors rappelé à moi.

Dès lors, témoigner est devenu une évidence. Je me considère comme un simple passeur de mémoire.

Pendant de nombreuses années, j’ai été accueillie dans les établissements scolaires de l’Académie avec une ouverture qui en disait déjà long sur l’engagement des enseignants.

Ils transmettent avec passion leur discipline. Je n’ai pas assez de mots pour dire combien j’apprécie leur disponibilité. Aujourd’hui, je leur exprime toute ma reconnaissance. Je me sens rassurée pour demain : la transmission en fidélité à l’Histoire me semble assurée.

J’ai rencontré des milliers d’élèves, d’adolescents, de jeunes adultes de l’école primaire à l’Université… J’ai croisé des milliers de sourires, de regards, qui sont autant d’avenirs… Je suis émerveillée par la richesse de leurs questions qui est l’expression de leur vécu.

J’ai une grande foi en leur devenir. Demain est dans le creux de leurs mains. Il est très important de les accompagner et de les révéler à la beauté d’eux-mêmes pour qu’ils prennent confiance en eux, qu’ils trouvent l’espérance en l’humanité de l’Homme.

A tous ces jeunes qui me sont si chers, à leurs professeurs dont quelques uns sont ici aujourd’hui, à ma famille, mon mari qui vient de nous quitter, mes enfants, mes amis fidèles, je veux dire un grand merci, pour toute la richesse, la beauté, la bonté dont ils m’ont comblée. Je suis pleine d ‘espérance pour leur demain. Cette décoration que j’ai reçue aujourd’hui est aussi la leur.
Merci de tout mon cœur.« 

Photo : Magda devant les élèves de La Faculté des Métiers, à Bruz, en 2016.

Jan 012016
 

Bonne année à tous ! Que 2016 nous inspire, pour faire naître en chacun de nous, la joie et la paix, dont on a plus que jamais besoin !  Le Concerto pour l’Art de Vivre, qui s’est tenu le 12 novembre, a justement éveillé tout cela dans nos coeurs… Petit diaporama-souvenir!

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Avr 132015
 

Publié originellement sur: Breizh Femmes

Rarement une salle aussi bondée que celle des Champs Libres ce jour-là n’aura été si attentive, si silencieuse, presque recueillie. La petite voix apaisante de Magda Hollander-Lafon ponctuée de longs silences, et celle, vibrante et énergique, de Marie-José Chombart de Lauwe racontaient l’horreur.

Et devant l’horreur, il faut d’abord se taire avant peut-être de se révolter.

Mais aucune violence dans les propos de ces deux femmes d’exception ; ce qu’elles ont rapporté des camps nazis voilà plus de soixante-dix ans, c’est bien sûr, le désir que passe la justice mais surtout beaucoup de sagesse et le poids du devoir de témoigner pour elles et pour toutes celles et tous ceux qui n’en sont jamais revenu-es.

affiche

L’une était juive de Hongrie, l’autre Bretonne d’une famille de résistance. La première, Magda Hollander-Lafon fut déportée avec les 450 000 autres juifs hongrois et près d’un million de tziganes. « Je viens d’une famille juive non pratiquante – raconte-t-elle – je ne savais même pas ce que ça voulait dire « juif » mais je n’ai pas eu le temps de chercher. On nous a dit qu’on allait travailler ; je me suis accrochée à ce mot, travail, mais intérieurement, je sentais qu’il y avait un danger qui nous guettait. »

A 16 ans, elle se retrouve séparée de sa famille au camp de Birkenau où le trop célèbre docteur Mengele a droit de vie et de mort sur ceux qui arrivent. « Notre vie dépendait d’un bâton qui allait à droite ou à gauche – se souvient-elle – Si j’allais à droite, je restais vivante ; à gauche,vingt minutes plus tard je n’existais plus ! » Comme sa mère et sa sœur, perdues dans les fumées qui se dégagent des hautes cheminées.

Aucune colère, aucune agressivité dans cette petite voix qui témoigne et qui raconte la douche, les cheveux rasés, les vêtements et tous les effets personnels arrachés. « Nous étions là pour mourir – dit encore Magda Hollander-Lafon – les résistants avaient choisi de sauver leur honneur, leur patrie, donc il y avait un sens à leur départ ; ils donnaient leur vie volontairement. Nous, nous étions là uniquement parce que nous étions juifs ! »

Rester des « êtres pensants » au cœur de la déshumanisation

rsistanteRésistante, Marie-José Chombart de Lauwe, elle, a fêté ses dix-neuf ans en prison après avoir été arrêtée à Rennes où elle était étudiante. La résistance est pour elle une histoire de famille ; « ce n’est pas une décision que j’ai prise comme ça ; c’est toute une éducation derrière » dit-elle évoquant des parents engagés et informés. « L’hostilité contre l’armée d’occupation, l’hostilité contre les idées racistes nazies, je les portais en moi depuis un bon moment déjà. »

Convaincue de terrorisme, elle est classée NN pour « nuit et brouillard » c’est-à-dire ceux qui devaient disparaître. Elle aussi évoque cette déshumanisation dès l’entrée du camp à Ravensbrück où se retrouvent toutes les femmes aux lourdes condamnations : les résistantes au triangle rouge comme les « droits communs » au triangle vert. Au total, vingt nationalités sont représentées. Mais pour toutes, plus question de noms ou de prénom, elles deviennent un numéro.

« On essayait de se grouper entre camarades résistantes françaises – dit Marie-José Chombart de Lauwe – non seulement pour survivre mais surtout pour tâcher de conserver notre dignité d’être humain, pour montrer qu’on était des êtres pensants et que jusqu’au bout on pouvait être capables de créer. »

« Nous pouvons résister d’une multitude de façons » dira encore Magda Hollander-Lafon. Pour la petite juive ce sera en devenant rebelle. « Je vais mourir, mais je ne vais pas donner ma vie comme ça » se disait-elle. Mourir pour avoir volé des épluchures de pommes de terre ou bien plus tard pour avoir saboté des vis destinés aux avions allemands ou faussé compagnie au convoi en déplacement, tout valait mieux que « mourir pour rien ». « Quand nous acceptons la réalité, nous pouvons inventer la vie » dit Magda Hollander-Lafon. Pour elle, la réalité, s’appelle la mort. « Je savais que j’allais mourir – dit-elle – Mais à partir du moment où nous acceptons de mourir, nous recevons une force intérieure et nous devenons audacieux. »

On n’est pas des moins que rien parce qu’on n’a plus rien

De leur côté, les femmes de Ravensbrück déploient elles aussi des trésors d’imagination pour que leur détention soit vivable. Au risque de leur vie, elles détournent des fournitures pour échanger des petits cadeaux : mouchoirs brodés, croix ou chapelets en fils électriques. L’amitié et la solidarité sont leur dernier rempart contre la barbarie. L’art aussi quand elles créent une chorale et chantent « clandestinement » dès que les surveillantes ont le dos tourné.

confRester « être pensant » pour l’une ; prouver et se prouver « que ce n’est pas parce qu’on n’a plus rien, qu’on est des moins que rien » pour l’autre. Les deux femmes ont en elles le même souffle de vie qui leur permet de traverser les épreuves. Qui leur permet soixante-dix ans plus tard de continuer à témoigner, à dire non seulement ce qu’elles-mêmes ont vécu mais ce que fut cette époque. « Quand je dis « je » sachez que c’est un immense « nous » que j’ai derrière moi – explique Magda Hollander-Lafon – A chaque fois que j’interviens je redonne vie à ceux qui sont morts et ils continuent à vivre en moi. »

Marie-José Chombart de Lauwe ne dit rien d’autre quand elle raconte ce jeune prisonnier qui allait mourir et criait par sa fenêtre de la prison de la Santé : « dites aux jeunes qui viendront que je suis tombé pour qu’eux vivent dans la paix. » « Je suis porteuse de ma mémoire – dit la vieille dame – mais aussi de la mémoire de tous ceux que j’ai vus fusillés. »

Face aux interrogations, aux doutes aussi, à son retour en Bretagne dans la maison familiale de l’île de Bréhat, Marie-José Chombard de Lauwe, aujourd’hui Présidente de la fondation pour la mémoire de la déportation, a très vite choisi d’écrire pour dire, à chaud, la réalité des camps.

Demain entre confiance et inquiétude

Magda Hollander-Lafon, s’est retrouvée seule, n’ayant plus aucune famille ni aucune attache, dans un pays étranger dont elle ne parlait pas la langue, la Belgique pendant dix ans puis la France. Et pour elle, c’est le silence qui accompagna une douloureuse renaissance. « Dans les camps, je n’avais pas peur de mourir, parce que je savais ce qui m’attendait – se souvient-elle – mais là, subitement, la peur m’a envahie. » Ou encore : « j’étais silencieuse ; je ne pouvais pas parler. »Et ce n’est que longtemps après qu’elle pourra écrire et témoigner notamment dans les établissements scolaires.

Si les parcours de ces deux femmes admirables ont été en bien des points semblables, elles portent aujourd’hui sur le monde un regard quelque peu divergent. La résistante reste combative quand elle interpelle l’auditoire d’un vibrant : « ne baissez pas les bras, gardez les yeux ouverts car tout cela n’est pas fini et il faut continuer à vous engager et vous battre pour que cette idéologie de haine cesse une fois pour toutes et pour toujours ! Soyez vigilants ; le germe du mal est en train de repartir ! »

Plus confiante en l’être humain, mais tout aussi concernée par l’actualité, Magda Hollander-Lafon dit quant à elle : « nous avons toujours à espérer. Pour moi, ce n’est que la solidarité qui peut sauver l’humanité ; la vie est toujours en devenir. Demain dépend de chacun de nous. »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Magda Hollander-Lafon a écrit trois livres : « Les chemins du temps » aux éditions ouvrières en 1977 – réédité en 1981 (épuisé) ; « Souffle sur la braise » aux éditions du Cerf (1993) et « Quatre petits bouts de pain » aux éditions Albin Michel (2012)

Marie-José Chombart de Lauwe a publié Toute une vie de résistance aux éditions Pop’Com (2002) et va sortir fin avril un nouveau livre « Résister toujours » aux éditions Flammarion

Voir aussi le site « Les amis de Magda »  et les événements à venir et à soutenir ; le site de la Fondation pour la mémoire de la déportation

Spectacle « Les Hommes » de Charlotte Delbo le 30 avril à 20h 30 au théâtre de l’ADEC, rue Papu. Cette pièce raconte l’histoire de huit femmes résistantes emprisonnées à Romainville avant d’être déportées à Auschwitz. Réservations au 02 99 33 20 01

Publié originellement sur: Breizh Femmes

Avr 062015
 

Qu’est-ce qu’un P’tit Bonheur ?

La réponse en images par les membres de Vivre en Paix Ensemble:

Venez transmettre votre art de vivre. Venez nous raconter votre équivalent d’épluchures de pommes de terre.

Ecrivez votre P’TIT BONHEUR en avant-première. Il sera rapidement tweeté et diffusé par l’intermédiaire de plusieurs médias à Rennes début mai lors de l’exposition/événement.

Et n’oubliez pas de nous soutenir pour mener à bien l’organisation de ces journées de P’tits Bonheurs.

don-ptit-bonheur

Avr 032015
 

Marie-Jo Chombart de Lauwe et Magda Lafon, rescapées des camps de la mort dont on commémore le 70e anniversaire de la Libération, ont fait salle comble aux Champs Libres.

Dans une salle de conférences Hubert-Curien pleine à craquer, plus de 400 collégiens et lycéens ont écouté les témoignages de Marie-Jo Chombart de Lauwe et Magda Lafon, vendredi après-midi aux Champs libres.

La première, arrêtée en 1943 à Rennes, fut déportée à Ravensbrück parce qu’elle était résistante. La seconde, juive de Hongrie, fut conduite en 1944 à Auschwitz-Birkenau.

Une conférence publique ce samedi

Revenues de l’enfer, elles ont fait le récit de ce douloureux épisode et pris le temps de répondre aux nombreuses questions de l’assistance. « Pour qu’on n’oublie jamais et pour que plus personne ne vive ce que nous avons vécu. »

400 collégiens et lycéens venus de toute l'Ille-et-Vilaine ont écouté le récit des deux déportées et posé des questions.

Marie-Jo Chombart de Lauwe et Magda Lafon témoigneront de nouveau aux Champs libres, ce samedi, à 15 h 30, à l’invitation des associations d’anciens combattants et anciens déportés Anacr et Adirp. Entrée libre, dans la limite des places disponibles. Réservation conseillée, tél. 02 23 40 66 00.

Ouest-France  

Mar 252015
 

IMG_8598200 lycéens réunis pour un échange avec Magda.

Retour de Lucie, prof de français au lycée:

J’ai eu ce matin le retour d’une de mes classes, les élèves ont été touchés par votre intervention, plus particulièrement par votre franc-parler, votre naturel et votre foi en eux. Les professeurs ont apprécié que l’intervention se fasse sous la forme de questions/réponses car cela permet d’impliquer directement les jeunes.

Bref votre venue a enchanté notre lycée !

Mar 122015
 

3èChalaisAuschwitz« Birkenau. Ce nom évoque pour nous l’immensité et le silence total. Ce silence est celui d’aujourd’hui et contraste avec les cris de souffrance, de haine et d’humiliation qui résonnaient dans les camps, à l’époque de la folie hitlérienne. Notre travail nous permet de comprendre ce que serait à nouveau notre monde si nous cédons aux mouvements racistes, antisémites, si nous tolérons que s’étendent les inégalités. Qui nous dit qu’un mouvement semblable au nazisme n’émergera pas à nouveau ?  »
DJ, élève de 3e du collège rennais Les Chalais  (cette classe a été accompagnée par Magda pendant plusieurs mois en 2005, avant la visite et après la visite à Auschwitz-Birkenau).

LE SITE réalisé par les jeunes et leurs professeurs

LES PARTENAIRES de ce projet : le Mémorial de la Shoah, la Fondation nationale pour la mémoire de la Shoah-Paris, la Fédération nationale André Maginot, la Ville de Rennes, le Conseil Général d’Ille-et-Vilaine, le Contrat de Ville Bréquigny-Champs-Manceaux Rennes, l’Union des Associations Interculturelles de Rennes (UAIR).

« Je me suis souvenu d’avoir eu froid alors que j’étais chaudement habillé. »

« J’ai été surprise qu’aucun oiseau ne vole et qu’il n’y ait aucun bruit. Je crois que les oiseaux ont aussi compris que dans ce camp là il s’est passé quelque chose de terrible. »

Les autres impressions des collégiens.

L’IMPLICATION ORIGINALE DE TOUTE UNE EQUIPE PEDAGOGIQUE sur ce projet intitulé La Route de la Mémoire
Ici, à côté du professeur d’Histoire-Géographie, c’est toute une équipe pédagogique qui s’est mobilisée pour donner sens et apporter des terrains différents d’approche et de travail : musique, français, langue, CDI.

Comme à chaque fois  que Magda intervient dans des classes, cette démarche est menée en intelligence avec les professeurs impliqués, ici Gilles OLLIVIER, professeur d’Histoire-Géographie dans ce collège en 2005 : « Étudier les génocides permet de comprendre le processus de l’exclusion et de la discrimination. Et comment ils peuvent mener à l’extermination. Cela oblige à remettre en question son propre comportement vis-à-vis de l’autre. » A partir de la Mémoire de la Shoah, les jeunes ont aussi été amenés à distinguer la déportation des juifs de celle des résistants, et ont travaillé aussi sur d’autres génocides, dont un qui touchait plus particulièrement les jeunes car plus récent, celui du Ruanda.

AIDER LES JEUNES A S’EXPRIMER
Les mots posés par les professeurs et les témoins de la Shoah sont bien-sûr d’une grande importance… l’enjeu est aussi celui des mots des jeunes eux-mêmes. Les jeunes ont ainsi été invités à écrire sur les photos prises là-bas, sur les ressentis et pensées avant et après ce « voyage ».

31 photos ont été sélectionnées ; pour chacune d’elle, les questions Que retenir ? Que transmettre ? Sous chaque photo, souvent regroupées par deux, un texte écrit par plusieurs jeunes.

Le travail proposé ici par les professeurs de cette classe du collège Les Chalais a consisté à s’appuyer sur cette distanciation que permet le langage, pour passer d’une émotion ressentie à une émotion exprimée, pour passer de l’émotion au travail de compréhension, pour passer de ce qui pourrait ne pas concerner… à un engagement concret en tant que citoyen responsable de la construction de la Vie de la Cité, ici et maintenant.

C’est bien parce qu’il s’agissait d’une démarche réfléchie et d’une véritable fonction contenante des professeurs que le Mémorial de la Shoah avait alors accepté que ces jeunes prennent des photos pendant leur visite.

Prise de photographies qui a aussi permis aux jeunes de s’interroger sur le sens des images, sur les limites elles-mêmes de la photographie,des images, de celles qu’ils peuvent voir aussi aujourd’hui.

Il ne s’agit évidemment pas de photos de voyage mais de capacité donnée aux jeunes de s’approprier, au travers d’un objet du quotidien, une réalité qui dépasse chacun, de donner du sens à travers leurs capacités créatrices. Capter aussi à travers le média de la photographie une immensité, un vide et un silence qui peuvent effrayées… et laissées sans voix. Il y a ici un choix judicieux de proposer sur chaque page de ce recueil de photographies deux photos sur le même thème… comme si chaque jeune n’était pas laissé seul avec l’émotion qui l’avait saisi lors de la prise photographique.

 » Je pense que ça va être la seule fois dans notre vie que l’on va avoir un voyage aussi impressionnant. Cela risque d’être fort en émotion. C’est une expérience unique ! Nous allons marcher sur les pas de milliers de personnes qui sont mortes en ce lieu ! Cela me fait un peu peur de partir là-bas car c’est quelque chose de terrible qui s’y est passée (…) Avant de partir, je pensais que ce voyage allait être difficile. Mais après cette journée, je me suis rendue compte que c’était plus dur que je ne le pensais. Quand je suis rentrée dans le camp, ce qui m’a le plus stupéfaite a été l’immensité et le calme qui y régnait. Sur les lieux, je ne me rendais pas bien compte de l’horreur que cela a pu être, mais en arrivant chez moi, quand je me suis posée et que j’ai repensé à Auschwitz, cela m’a beaucoup émue et m’a beaucoup travaillée. Je trouve que faire ce projet nous permet de mieux connaître la vie et de mieux la construire pour plus tard.  »
Position là encore originale qui place les jeunes comme acteurs, intelligence des porteurs du projet qui ont amené les jeunes à présenter et expliquer leurs photos à des élèves d’une classe de CM2 de leur quartier.

 » Dans le camp de concentration, transformé en musée, ce sont les vitrines qui m’ont le plus impressionnée, une particulièrement, la vitrine dans laquelle j’ai vu les petites chaussures et les vêtements de bébés. Pour moi, cela a été une journée remplie d’émotions mais je ne me rendais pas encore bien compte de ce que je ne venais de voir en rentrant… Ce n’est qu’en parlant avec Magda Lafon et avec du recul que j’ai réalisé ce que j’avais vu. Cela a été très difficile de raconter ce que j’avais vu et ressenti là-bas à Magda, car je me disais que lorsque nous mentionnions des endroits du camp, elle posait forcément des images… ses propres images. » Elodie

L’ACCOMPAGNEMENT DE MAGDA HOLLANDER LAFON
Magda a accompagné cette classe tout au long d’une année, avant et après la visite, au travers de rencontres guidées par les réponses des jeunes à différents questionnaires.
 » Mes sentiments ne sont pas apparus sur les lieux mais au retour à Rennes. Pouvoir s’exprimer auprès de Magda Hollander Lafon fait beaucoup de bien. Cela fait du bien de dégager tout ce que l’on a à l’intérieur de nous. » Mélissa

Ces rencontres ont aussi permis de faire entendre que la mémoire de la Shoah, c’est aussi par exemple se reconnaître dans ses spécificités. A Rudy, collégien originaire de Haïti, « Avez-vous un jour regretté d’être juive ? », Magda répond « Non, jamais. Tes origines, c’est une richesse dont tu dois être fier toute ta vie. »

Levier essentiel de la démarche de Magda : l’écoute des jeunes  » Vous voulez savoir ce que j’ai vécu, mais je veux d’abord vous connaître et vous entendre. »

Pour mieux comprendre la place particulière de Témoin de la Shoah, voir aussi notre article du 21 février dernier « Je ne pouvais plus me taire ».

AUTRE ORIGINALITE DU PROJET : un documentaire professionnel
Les réalisateurs Hubert BUDOR et Matthieu CHEVALLIER ont suivi cette classe tout au long de l’aventure et réalisé un documentaire intitulé « L’Histoire en cours » qui intègre les échanges avec Magda et le voyage au camp. « En tant que documentariste, poursuit Hubert Budor, ce qui m’intéressait c’était d’avoir la parole des jeunes. Et puis leur voyage à Auschwitz donnait du poids au projet (…) Si on laisse le temps à cette jeunesse de prendre des responsabilités, l’avenir est plein d’espoir. »

Pour plus d’éclairage sur la démarche et les questions que se sont posées les deux cinéastes (sur le droit de prendre des images de ce lieu,…).

REACTIONS DES PORTEURS DU PROJET 10 ans après
Gilles OLLIVIER : « Ce projet s’inscrit toujours et encore dans le temps et une société à construire pour bien vivre ensemble, pour construire ensemble. Il témoigne d’une énergie et d’une confiance partagées entre adolescents et adultes pour un possible meilleur. J’envisagerai aujourd’hui ce projet exactement de la même manière quant à la place philosophique, spirituel à donner à l’humain, certes dans un contexte plus sombre et plus difficile. Raison de plus. Puisse cette route de la mémoire, ce cheminement, proposé au sein de l’Ecole laïque, cette rencontre, ce dialogue avec Magda avoir donné à ces adolescentes et adolescents d’hier, femmes et hommes d’aujourd’hui, la force de continuer d’aller vers les autres, la conscience d’avoir la responsabilité d’autrui et la chance de se construire ensemble, avec les autres ».

Mar 102015
 

La déportation des juifs et des résistants : deux témoins

37760_1_FR_originalParmi les millions de déportés de la seconde guerre mondiale, Magda Hollander-Lafon parce qu’elle était juive, et Marie-Jo Chombart de Lauwe (Présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation) pour actes de résistance.

Deux femmes, deux témoignages de la vie en déportation, mais aussi deux récits de la libération et du retour.

En partenariat avec l’ANACR 35 et notre association Vivre en Paix ensemble.

Samedi 4 avril, à 15h30, Les Champs Libres, salle de conférences, Rennes.

Gratuit. Contact et réservation : tél. 02 23 40 66 00

Les Champs Libres

Marie-Jo Chombart de Lauwe

Mar 032015
 

LAFON-HOLLANDER_magda_1.2011_854277PC6__sPour le soixante-dixième anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau (27 janvier 1945 – 27 janvier 2015), j’ai désiré rendre hommage à Magda Hollander-Lafon, l’une des rares survivantes hongroises d’Auschwitz et la seule survivante de sa famille.
Voici le témoignage de Magda Hollander-Lafon, que j’ai recueilli pour mon livre L’avenir est en nous (3). Magda a été déportée à l’âge de 16 ans !

Magda Hollander-Lafon, Dame Sagesse vous a invitée à sa table et désirerait mieux vous connaître.

• Comment vous présenteriez-vous ?

Pourquoi devrais-je me présenter à Dame Sagesse ? Peu à peu, au cours de notre rencontre, les voiles se lèveront et elle me découvrira. Moi, la miraculée, comme tous les revenants qui ont dit Oui à la vie. Nous avons le choix de rester victimes toute notre vie ou de donner sens à la vie.
Quand je dis « je », il y a une multitude de « nous » en moi qui m’accompagne. Je témoigne pour eux puisqu’ils ne sont plus là pour parler, et pour le monde de demain, pour que cela ne puisse plus advenir ! Je suis un des témoins.
Nous, les revenants, les miraculés, sommes des porte-voix de cet événement inimaginable, l’assassinat méthodique et industriel de tout un peuple, pour la seule raison qu’ils sont juifs !
Des milliers de regards ont disparu
Sans savoir pourquoi.
Ils m’appellent
Ils sont pleins de détresse…
Trente ans après, je perce, émue, le mur épais de ma mémoire
Pour que tant de regards quémandeurs d’espérance
Ne s’évanouissent pas
En poussière…
Si aujourd’hui, je traverse courbatue le pont de ma mémoire, c’est pour que vive longtemps la mémoire de celles et de ceux à qui l’on a volé leur vie et qui, jusqu’au bout, ont voulu nous donner le courage de vivre.. Aucun d’entre nous ne devrait être là. Hitler a échoué, car il reste des survivants !
Aujourd’hui, je ne me sens pas une victime de la Shoah, mais un témoin de la Shoah ! Un témoin réconcilié en moi-même.

• Avez-vous vécu une expérience déterminante qui a modifié, changé votre parcours de vie ? Cette expérience vous a-t-elle amenée à prendre des décisions qui orientent encore votre vie ?

Toute mon Expérience a été déterminante. Pendant un certain temps, vous la subissez, elle est si lourde, elle vous ploie, vous accable ; puis, peu à peu, tout doucement, vous vous relevez et vous commencez à vous poser des questions sur le sens que vous allez donner à cette expérience et à votre vie !
J’ai été déportée à seize ans. Des juifs hongrois, je suis une des rares à être revenue (1).
J’ai été épargnée. Je suis vivante. J’ai dit oui à ma vie. J’étais trop jeune, et je n’ai pas compris pourquoi nous étions condamnés à mort. De quoi étions-nous coupables ? Je n’ai pas compris la métamorphose des gens ; les uns transformés en bourreaux, d’autres en victimes. Comment cela a-t-il été possible ? Comment sommes-nous devenus des oubliés de l’humanité ?
Après l’arrestation (27 avril 1944) de ma mère, de ma jeune sœur et de moi-même, celle où les gendarmes hongrois nous ont chassées de notre maison, j’ai reçu un choc qui m’a laissée anéantie. Je ne comprenais pas pourquoi nous étions soudain devenues haïssables. J’ai sombré dans l’amnésie jusqu’à en rejeter ma langue maternelle. Je subissais ce chaos comme s’il était irréel, et, en même temps, je me sentais devenir une boule de haine.
Plus tard, à Auschwitz, les nazis nous ont volé des milliers de vies sous mes yeux et je marchais sans voir d’autres issues. Nos larmes dans un ciel sourd et muet devenaient des nuages gris, lourds de colère et de peur.

Aujourd’hui je vis, je réfléchis et, difficilement, j’écris, parce que plus je réfléchis, moins il m’est facile de répondre à toutes ces interrogations.
Cette « Expérience » a été une survie constante car notre vie était menacée à chaque instant. Nous avons été humiliées dans notre humanité, notre féminité. Je ne me suis pratiquement pas lavée pendant un an. J’ai mis longtemps à m’identifier à un être vivant. Nous n’étions « rien ». Comment muer ce « rien » en « quelqu’un », en « quelqu’un de vivant » ? Un long chemin de reconstruction, de lentes relevailles à soi-même.

Il m’a fallu trente ans pour me résoudre à écrire « cette Expérience », car pour survivre, j’avais éteint ma mémoire. Seuls le temps et la confiance dans la vie m’ont appris peu à peu à délier ma voix nouée et à puiser dans la mémoire de mon cœur. Les quelques pages de Quatre petits bouts de pain. Des ténèbres à la joie (2) sont nées d’un passé sombre que l’amour de mon mari, l’arrivée souhaitée, inespérée, exigeante de nos quatre enfants, les amitiés, m’ont permis d’assumer. Aujourd’hui, je sais avec certitude que l’amour créateur de mon époux, mon ami, m’a pacifiée parce qu’il a su croire en moi. Nous continuons avec les joies, les difficultés de chaque jour – mais avec passion – depuis plus de cinquante ans, à réinventer l’Amour. Sa famille est aussi devenue la mienne.
Et aujourd’hui, après un long travail intérieur, après un dégel qui s’est passé doucement, je peux toucher en moi la vie que je suis. La vie est vraiment un miracle. Elle a permis la naissance de quatre « merveilles », moi qui ne voulais pas d’enfants ! Je ne pouvais imaginer que ceux-ci puissent traverser un jour ces mêmes ténèbres. Comment décrire la beauté de ces petits êtres, qui se déploie devant nous jour après jour ?

Et peu à peu, le devoir de prendre la parole s’impose, je ne peux m’y dérober. J’obéis non pas à un « devoir de mémoire » mais à une fidélité à la mémoire de celles et de ceux qui ont disparu devant mes yeux. Il est évident pour moi qu’il fallait transformer cette mémoire de mort en appel à la vie. J’ai compris que la paix ne peut se construire que si chacun de nous trouve ou retrouve le goût de sa vie. Je voudrais que cette mémoire imprimée dans mon cœur inspire la force de vivre et d’agir pour que « jamais plus » puisse devenir une Réalité !

• Quelle est votre vision du monde actuel ?

Comment cela se fait-il que cinquante ans après la libération des camps d’extermination nazis, le fanatisme fasse encore tant de ravages ? Le point commun de tous ces conflits ne réside-t-il pas dans la confiance démesurée des fanatiques, dans la puissance de leur supériorité, la leur ou celle des causes qu’ils défendent ? Est-ce que ce n’était pas le cas des nazis ?
Hier comme aujourd’hui, le fanatique est habité par des certitudes et quand il pense qu’il sait tout, il devient dangereux ; il est fermé au doute et à tout ce qui rend l’être humain digne de son humanité ; il ne se pose jamais de questions et, de toute façon, il n’accepte aucune vision autre que la sienne ; il se pose toujours en victime de l’autre ; et pour être heureux, fier de lui-même, et se sentir exister, il a besoin de sentir que l’autre lui est asservi. N’y a-t-il pas, en chacun de nous, l’un ou l’autre de ces traits ? Il est important que nous en prenions conscience pour résister à la pression de la foule, mais aussi pour commencer le chemin du pardon.
Grâce à mes traversées, je peux mieux comprendre et pardonner à celui qui me blesse. Cette démarche ne peut se faire qu’à l’intérieur d’une parole vraie. C’est difficile, mais n’est-ce pas déjà aimer que d’accepter l’autre là où il est, et là où nous sommes aujourd’hui en devenir ? Si nous étions en paix en nous-mêmes, ferions-nous la guerre contre l’autre ? « Il dépend de chacun de dire, de redire, que la vie est sacrée et unique, que c’est la solidarité et la mémoire qui peuvent sauver l’humanité. »
Je crois qu’en chaque être humain, il y a une parcelle de lumière. Mais j’ai compris que je ne pouvais appeler personne dans le meilleur de lui-même sans être moi-même libérée de mes propres blessures, de mes peurs, de ma violence.

• Quelles sont les valeurs auxquelles vous êtes attachée ? De quelles manières les rendez-vous vivantes ?

Le pardon.
J’ai vécu la triste expérience du remords qui a continué à me ronger au retour des camps, le remords d’être vivante, moi. Pourquoi pas les autres ? Ils me valaient mille fois. Que faire de moi-même maintenant ?
Je n’ai cessé, durant trente-sept ans, de lutter contre cette adolescente qui ne pouvait pas se pardonner d’être vivante, et contre cette adulte qui devait entreprendre une course de vitesse sans entraînement. Je courais pour rattraper le temps. J’ai déployé une telle énergie pour paraître. Pourquoi ce désir de tout faire pour tout le monde ? N’était-ce pas pour me faire pardonner ? Et de quoi ?
J’ai mis longtemps à comprendre que la naissance à moi-même passait par le pardon que je devais me donner. Ce « moi-même », je ne le connaissais pas encore. Je sentais que je devais me pardonner de vivre, me pardonner les mauvais traitements que je m’étais intérieurement infligés. J’ai endossé toute la cruauté des autres, et ce, pendant trente ans. Jusqu’au jour où je me suis dit : « En te culpabilisant, ne donnes- tu pas raison aux nazis ? » Et quand nous donnons raison aux autres, nous démissionnons de nous-mêmes et nous leur donnons un immense pouvoir destructeur sur notre vie. Le jour où je me suis pardonné, j’ai été allégée d’un grand poids, celui de la haine envers ceux qui m’ont fait tant de mal et qui ne nous ont jamais demandé pardon.
Le pardon est une demande. En demandant, nous considérons l’autre. Nous lui donnons la possibilité de répondre oui ou non. D’où vient que nous ayons tant de mal à donner et tant de difficultés à recevoir ?
Dans le pardon, n’avons-nous pas d’abord à nous pardonner, nos mensonges, nos peurs, de nous-mêmes et de la vie parce qu’inconnue ? Pardonner n’est pas encore aimer, mais c’est un petit pas sur le chemin de la réconciliation. Pardonner, c’est changer son propre regard sur soi et sur les autres. Comment cela se fait-il que nous emprisonnions la bonté en nous, que nous laissions la peur en liberté ? Notre âme est comme les ciels de printemps. En nous pardonnant, nous permettons au printemps de fleurir de toutes les couleurs de la vie.

L’amour.
Je crois en l’Amour. Il enflamme la vie autour de lui. Il est gratuit, léger comme un souffle. Il transfigure le quotidien en un royaume où il fait bon vivre. L’amour a séché mes plaies qui sont autant d’ouvertures sur les chemins de l’amitié. Aimer est l’apprentissage d’une vie. Je n’ai pas de mots pour parler de l’amour, ni avec un petit a ni avec un grand A. Je reste jusqu’à la fin de mes jours une fervente apprentie.
« La vie sur la terre m’a éprouvée. Elle m’a aussi beaucoup donné. J’ai été nourrie de tant de chaleur, de sourires, de regards, de visages que je me sens comblée. J’ai tellement de mercis à exprimer que le ciel entier ne suffirait pas à les contenir. J’aimerais partir en aimant. »

Le silence.
Pour ne pas absorber le mal-être, la violence des autres, j’ai appris à écouter sans tout entendre. À baisser les yeux pour ne pas voir un regard déformé par la violence. À rester en silence. Celui qui est en colère ne peut pas entendre, ne peut pas voir. Le silence me permet de rester en moi-même, pour avoir du recul et ne pas subir un tel débordement.
Le silence ensemence le monde intérieur. Ce sont des moments de grâce qui font naître à la beauté. Le silence écoute chanter la vie. Et lorsque c’est Toi qui m’inspires, les mots attendent en silence pour être inscrits dans un moment de grâce.

• À ce jour, que désireriez-vous transmettre ?

La question qui m’anime est : comment transmettre l’incommunicable avec des mots de façon à mobiliser en chacun un appel à la conscience et à la responsabilité, à la vie ?
Le danger serait d’enfermer la génération montante dans une mémoire uniquement douloureuse. La transmission, pour moi, est un appel à la vie, c’est-à-dire un appel pour chacun à reconnaître en lui son indifférence, sa blessure, sa violence, pour retrouver en lui sa force de vie. Lorsque je suis invitée par des professeurs d’Histoire à témoigner sur la déportation dans des lycées et des collèges, je termine mes interventions par ce message qui est comme une trace : « Mon seul désir, en témoignant, c’est que vous trouviez confiance en vous-mêmes, que vous soyez capables de vous engager en personnes libres. Vous êtes les bâtisseurs de votre vie et vous êtes responsables de votre devenir. »

Je désire également transmettre l’amour de la vie. C’est à l’intérieur de l’univers familial que se transmettent l’amour de la vie ou la violence. La famille est un repère, un lieu d’envoi de nos enfants à leurs responsabilités, à leur vie. Je suis convaincue que c’est de l’harmonie de la famille que dépend la paix du monde et de nous-mêmes. Ma famille – mon mari, nos quatre enfants, les onze petits-enfants que nous avons aujourd’hui – est pour moi le premier cercle de la société. Elle peut être un lieu d’accueil, d’enracinement, d’apprentissage de la vie, une source de création, de re-création jamais finie. Un commentaire midrashique dit : « Pourquoi l’Éternel n’a pas achevé la création ? – C’est pour que chaque être humain puisse la parachever. »

À la lumière de votre expérience, que vous inspire cette déclaration : « Nous sommes tous des compagnons de voyage » ?

Je peux voyager refermée sur moi-même, avec un Dieu au passé. Alors je traverse la vie comme un aveugle survivant, victime des autres et de lui-même.
Je peux muer ce voyage de mort en voyage de vie, avec un Dieu au présent qui accompagne ma vie tous les jours et qui me permet d’ouvrir ma porte intérieure vers l’autre.
D’où vient que dans l’Évangile, et souvent dans les homélies, on parle de l’Éternel au passé ? Comment puis-je me laisser recevoir par un Dieu au passé, alors que je sens Sa présence au présent qui m’aide à cheminer de plus en plus vers Lui ?

La vie est devant nous, le passé ne peut être effacé. Il m’a permis par son enseignement d’aller vers l’avenir. Vers plus de Lumière et plus de Vie.

Témoignage recueilli par Marie Clainchard.

(1) Magda est la seule survivante de sa famille, et plus largement de la communauté juive hongroise : en 46 jours et en 147 convois, 437 403 personnes ont été déportées, 350 000 d’entre elles ont été assassinées dès leur arrivée à Auschwitz-Birkenau.

(2) 9782226240705m.jpgQuatre petits bouts de pain. Des ténèbres à la joie – de Magda Hollander Lafon, Editions Albin Michel – 150 pages

(3) Avenir-plat1.jpgL’Avenir est en nous – 43 aventuriers de l’existence témoignent. Marie Clainchard, Editions Dangles – 303 pages

Fév 212015
 

GER-0178-13 Hollander-Lafon Cover RZ.inddIn Birkenau winkte eine Sterbende mich zu sich hin. Sie öffnete ihre Hand. Darin lagen vier Stückchen verschimmeltes Brot. “Nimm”, hauchte sie. “Du bist jung. Du musst leben. Du musst das bezeugen, das aller hier. Damit es nie wieder geschieht, nirgendwo. »
Ich habe diese vier Stückchen Brot genommen. Ich habe sie gegessen, vor ihren Augen. Ich has in ihren Augen, dass sie gütig war – und dass sie sich aufgegeben hatte. Ich war sehr jung. Es war fast zu viel für mich, was sie mir gegeben – und damit aufgetraben – hatte.
Lange Zeit hatte ich dieses Erlebnis vergessen.

1978 behauptete der französische Journalist, militante Antisemit and rechtsextreme Politiker Darquier de Pellepoix : “In Auschwitz wurden nur Läuse vergast.” Die Empörung über diese perverse Behauptung legte meine Erinnerung an jenes Erlebnis frei. Ich sah wieder das Gesicht dieser Frau. Ich konnte nicht länger schweigen.

Auftritte in der Öffentlichkeit sind mir eine Last. Aber ich muss das auf mich nehmen – nicht als “ Pflicht gegen das Vergessen”, sondern als Treue zur Erinnerung an jene Frauen and Männer, die vor meinen Augen ausgerlöscht wurden.

Als ich abtransportiert wurde, war ich sechzeln Jahre alt. Ich war unter den ungarischen Juden eine der ganz wenigen Zurückgekehrten.
Ich blieb verschont.
Ich bin am Leben.
Ich habe Ja zu meinem Leben gesagt.
Es ist für mich völlig klar, dass diese Todeserinnerung in ein Ja zum Leben verwandelt werden musste. Ich habe begriffen : Frieden wird nur sein, wenn jeder von uns Freude an seinem Leben gewinnt oder windergewinnt.
Bedachtsam blättere ich im Buch meines Lebens. Es enthält leere Seiten, vergilbte, verblasste und stille, die darauf warten, gelesen zu werden.
Das Morgen liegt un meinen Händen.

Mein Gedächtnis war eingefroren.
In einem langen Prozess der Verarbeitung ist es aufgetaut.
Heute werden meine Tage von den leuchtenden Farben des Herbstes erhellt. »

Magda HOLLANDER LAFON, Vier Stücken Brot.
Original title of the French first edition: Magda Hollander-Lafon; Quatre petits bouts de pain, Des ténèbres à la joie © Éditions Albin Michel, Paris, 2012
© German translation, 2013 by adeo Verlag in der Gerth Medien GmbH, Asslar, a division of Verlagsgruppe Random House GmbH, Munich, Translation: Michael Kogon; reprinted by kind permission of the publisher

Magda als Kind einer jüdischen Familie in Zahony, Ungarn, geboren.
Im April 1944 wurde sie mit 16 Jahren ins Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau deportiert. 350 000 ungarischen Juden wurden dort sofort nach ihrer Ankunft umgebracht, darunter auch Magdas Mutter und ihre Schwester. Sie selbst überlebte, studierte und wurde Kinderpsychologin. 1950 in Brüssel christlich getauft, empfindet sie sich gleichzeitig aber auch wie vor als Jüdin. Sie hat vier Kinder und elf Enkelkinder.

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