Mar 122015
 

3èChalaisAuschwitz« Birkenau. Ce nom évoque pour nous l’immensité et le silence total. Ce silence est celui d’aujourd’hui et contraste avec les cris de souffrance, de haine et d’humiliation qui résonnaient dans les camps, à l’époque de la folie hitlérienne. Notre travail nous permet de comprendre ce que serait à nouveau notre monde si nous cédons aux mouvements racistes, antisémites, si nous tolérons que s’étendent les inégalités. Qui nous dit qu’un mouvement semblable au nazisme n’émergera pas à nouveau ?  »
DJ, élève de 3e du collège rennais Les Chalais  (cette classe a été accompagnée par Magda pendant plusieurs mois en 2005, avant la visite et après la visite à Auschwitz-Birkenau).

LE SITE réalisé par les jeunes et leurs professeurs

LES PARTENAIRES de ce projet : le Mémorial de la Shoah, la Fondation nationale pour la mémoire de la Shoah-Paris, la Fédération nationale André Maginot, la Ville de Rennes, le Conseil Général d’Ille-et-Vilaine, le Contrat de Ville Bréquigny-Champs-Manceaux Rennes, l’Union des Associations Interculturelles de Rennes (UAIR).

« Je me suis souvenu d’avoir eu froid alors que j’étais chaudement habillé. »

« J’ai été surprise qu’aucun oiseau ne vole et qu’il n’y ait aucun bruit. Je crois que les oiseaux ont aussi compris que dans ce camp là il s’est passé quelque chose de terrible. »

Les autres impressions des collégiens.

L’IMPLICATION ORIGINALE DE TOUTE UNE EQUIPE PEDAGOGIQUE sur ce projet intitulé La Route de la Mémoire
Ici, à côté du professeur d’Histoire-Géographie, c’est toute une équipe pédagogique qui s’est mobilisée pour donner sens et apporter des terrains différents d’approche et de travail : musique, français, langue, CDI.

Comme à chaque fois  que Magda intervient dans des classes, cette démarche est menée en intelligence avec les professeurs impliqués, ici Gilles OLLIVIER, professeur d’Histoire-Géographie dans ce collège en 2005 : « Étudier les génocides permet de comprendre le processus de l’exclusion et de la discrimination. Et comment ils peuvent mener à l’extermination. Cela oblige à remettre en question son propre comportement vis-à-vis de l’autre. » A partir de la Mémoire de la Shoah, les jeunes ont aussi été amenés à distinguer la déportation des juifs de celle des résistants, et ont travaillé aussi sur d’autres génocides, dont un qui touchait plus particulièrement les jeunes car plus récent, celui du Ruanda.

AIDER LES JEUNES A S’EXPRIMER
Les mots posés par les professeurs et les témoins de la Shoah sont bien-sûr d’une grande importance… l’enjeu est aussi celui des mots des jeunes eux-mêmes. Les jeunes ont ainsi été invités à écrire sur les photos prises là-bas, sur les ressentis et pensées avant et après ce « voyage ».

31 photos ont été sélectionnées ; pour chacune d’elle, les questions Que retenir ? Que transmettre ? Sous chaque photo, souvent regroupées par deux, un texte écrit par plusieurs jeunes.

Le travail proposé ici par les professeurs de cette classe du collège Les Chalais a consisté à s’appuyer sur cette distanciation que permet le langage, pour passer d’une émotion ressentie à une émotion exprimée, pour passer de l’émotion au travail de compréhension, pour passer de ce qui pourrait ne pas concerner… à un engagement concret en tant que citoyen responsable de la construction de la Vie de la Cité, ici et maintenant.

C’est bien parce qu’il s’agissait d’une démarche réfléchie et d’une véritable fonction contenante des professeurs que le Mémorial de la Shoah avait alors accepté que ces jeunes prennent des photos pendant leur visite.

Prise de photographies qui a aussi permis aux jeunes de s’interroger sur le sens des images, sur les limites elles-mêmes de la photographie,des images, de celles qu’ils peuvent voir aussi aujourd’hui.

Il ne s’agit évidemment pas de photos de voyage mais de capacité donnée aux jeunes de s’approprier, au travers d’un objet du quotidien, une réalité qui dépasse chacun, de donner du sens à travers leurs capacités créatrices. Capter aussi à travers le média de la photographie une immensité, un vide et un silence qui peuvent effrayées… et laissées sans voix. Il y a ici un choix judicieux de proposer sur chaque page de ce recueil de photographies deux photos sur le même thème… comme si chaque jeune n’était pas laissé seul avec l’émotion qui l’avait saisi lors de la prise photographique.

 » Je pense que ça va être la seule fois dans notre vie que l’on va avoir un voyage aussi impressionnant. Cela risque d’être fort en émotion. C’est une expérience unique ! Nous allons marcher sur les pas de milliers de personnes qui sont mortes en ce lieu ! Cela me fait un peu peur de partir là-bas car c’est quelque chose de terrible qui s’y est passée (…) Avant de partir, je pensais que ce voyage allait être difficile. Mais après cette journée, je me suis rendue compte que c’était plus dur que je ne le pensais. Quand je suis rentrée dans le camp, ce qui m’a le plus stupéfaite a été l’immensité et le calme qui y régnait. Sur les lieux, je ne me rendais pas bien compte de l’horreur que cela a pu être, mais en arrivant chez moi, quand je me suis posée et que j’ai repensé à Auschwitz, cela m’a beaucoup émue et m’a beaucoup travaillée. Je trouve que faire ce projet nous permet de mieux connaître la vie et de mieux la construire pour plus tard.  »
Position là encore originale qui place les jeunes comme acteurs, intelligence des porteurs du projet qui ont amené les jeunes à présenter et expliquer leurs photos à des élèves d’une classe de CM2 de leur quartier.

 » Dans le camp de concentration, transformé en musée, ce sont les vitrines qui m’ont le plus impressionnée, une particulièrement, la vitrine dans laquelle j’ai vu les petites chaussures et les vêtements de bébés. Pour moi, cela a été une journée remplie d’émotions mais je ne me rendais pas encore bien compte de ce que je ne venais de voir en rentrant… Ce n’est qu’en parlant avec Magda Lafon et avec du recul que j’ai réalisé ce que j’avais vu. Cela a été très difficile de raconter ce que j’avais vu et ressenti là-bas à Magda, car je me disais que lorsque nous mentionnions des endroits du camp, elle posait forcément des images… ses propres images. » Elodie

L’ACCOMPAGNEMENT DE MAGDA HOLLANDER LAFON
Magda a accompagné cette classe tout au long d’une année, avant et après la visite, au travers de rencontres guidées par les réponses des jeunes à différents questionnaires.
 » Mes sentiments ne sont pas apparus sur les lieux mais au retour à Rennes. Pouvoir s’exprimer auprès de Magda Hollander Lafon fait beaucoup de bien. Cela fait du bien de dégager tout ce que l’on a à l’intérieur de nous. » Mélissa

Ces rencontres ont aussi permis de faire entendre que la mémoire de la Shoah, c’est aussi par exemple se reconnaître dans ses spécificités. A Rudy, collégien originaire de Haïti, « Avez-vous un jour regretté d’être juive ? », Magda répond « Non, jamais. Tes origines, c’est une richesse dont tu dois être fier toute ta vie. »

Levier essentiel de la démarche de Magda : l’écoute des jeunes  » Vous voulez savoir ce que j’ai vécu, mais je veux d’abord vous connaître et vous entendre. »

Pour mieux comprendre la place particulière de Témoin de la Shoah, voir aussi notre article du 21 février dernier « Je ne pouvais plus me taire ».

AUTRE ORIGINALITE DU PROJET : un documentaire professionnel
Les réalisateurs Hubert BUDOR et Matthieu CHEVALLIER ont suivi cette classe tout au long de l’aventure et réalisé un documentaire intitulé « L’Histoire en cours » qui intègre les échanges avec Magda et le voyage au camp. « En tant que documentariste, poursuit Hubert Budor, ce qui m’intéressait c’était d’avoir la parole des jeunes. Et puis leur voyage à Auschwitz donnait du poids au projet (…) Si on laisse le temps à cette jeunesse de prendre des responsabilités, l’avenir est plein d’espoir. »

Pour plus d’éclairage sur la démarche et les questions que se sont posées les deux cinéastes (sur le droit de prendre des images de ce lieu,…).

REACTIONS DES PORTEURS DU PROJET 10 ans après
Gilles OLLIVIER : « Ce projet s’inscrit toujours et encore dans le temps et une société à construire pour bien vivre ensemble, pour construire ensemble. Il témoigne d’une énergie et d’une confiance partagées entre adolescents et adultes pour un possible meilleur. J’envisagerai aujourd’hui ce projet exactement de la même manière quant à la place philosophique, spirituel à donner à l’humain, certes dans un contexte plus sombre et plus difficile. Raison de plus. Puisse cette route de la mémoire, ce cheminement, proposé au sein de l’Ecole laïque, cette rencontre, ce dialogue avec Magda avoir donné à ces adolescentes et adolescents d’hier, femmes et hommes d’aujourd’hui, la force de continuer d’aller vers les autres, la conscience d’avoir la responsabilité d’autrui et la chance de se construire ensemble, avec les autres ».

  2 réponses sur “Auschwitz-Birkenau, des jeunes témoignent”

  1.  

    Plein d’espoir après la lecture de ce compte-rendu ! Merci Magda et merci à cette classe de 3ème ! Un vent d’espérance est bien en train de souffler …

  2.  

    Un exemple d’accompagnement pédagogique ! Des photos des ténèbres éclairées par les propos de jeunes.

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