Mai 132015
 
Photo : Jérôme Fouquet / Ouest-France.

Photo : Jérôme Fouquet / Ouest-France.

 » Je m’appelle Pauline et je vais bientôt avoir 16 ans. Mais peu importe qui je suis… j’appartiens à la génération qui va vous succéder, à celle qui va devoir faire la France de demain, comme des millions d’autres jeunes. Je suis impressionnée de m’adresser à vous, comme ça, devant tout le monde… mais ce qui m’en donne le courage, c’est cette impression de m’adresser à des gens de ma famille. Vous pourriez être mon grand-père, ma grand-mère…

Oui je suis impressionnée, parce que je me trouve en face de l’idée même que je me fais du courage. Je m’adresse à des hommes et des femmes qui n’ont pas accepté qu’on leur prenne ce qu’ils avaient de plus précieux : leur liberté. La liberté d’aller et de venir, de dire ce que l’on pense, de lire ce que l’on veut, de prier ou de ne pas prier. Je m’adresse à des gens courageux qui ont risqué leur vie pour mon pays, qui ont souffert et qui ont perdu tant de camarades au combat ou dans un camp de concentration. Oui, je suis impressionnée… par cette façon que vous avez de cacher vos blessures, vos souvenirs les plus douloureux et de vous fondre dans l’anonymat après avoir tant donné.

Je suis aussi impressionnée par le courage de votre engagement. Pensez est une chose, mais agir avec tous les risques que cela comporte en est une autre. Qu’aurais-je donc fait à votre place ? J’avoue ne rien en savoir… Et quand bien même j’aurais pris le parti de m’engager comme vous, aurais-je été à la hauteur ? Je n’en sais rien.

Honneur à vous, à qui je dois et en partie d’être ce que je suis et le pays dans lequel je vis. Honneur à vos camarades morts pour la France et que vous avez vu tomber ou mourir d’épuisement. Ils sont dans vos cœurs… croyez le bien, ils sont aussi dans le mien  et dans le cœur de tous les jeunes.

Que ce soit sous l’uniforme, dans la résistance ou au cœur de l’univers concentrationnaire, vous avez su regarder l’autre comme un frère d’arme, un ami, un compagnon de misère. Dans vos rangs, il n’y avait plus d’étranger, de croyant ou de non croyant, de gens de gauche ou de gens de droite… simplement des frères qui aimaient la France et la liberté autant que vous et qui avait pris le parti, comme vous, de risquer leur vie pour quelque chose qui les dépassait. Votre union dans l’adversité vous a sans doute permis d’aller au-delà : vaincre votre peur, vaincre l’adversaire ou tout simplement survivre.

C’est pour cela que j’ai choisi de vous lire un vieux poème que vous devez sans doute bien connaître. Je pensais que ce texte appartenait au passé… mais 70 ans après, je me dis en moi-même qu’il est sans doute toujours d’actualité. »

 

Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas…

Tous deux adoraient la belle, prisonnière des soldats.

Lequel montait à l’échelle ? Et lequel guettait en bas ?

Celui qui croyait au ciel ? Celui qui n’y croyait pas ?

Qu’importe comment s’appelle  cette clarté sur leur pas, que l’un fut de la chapelle et l’autre s’y dérobât :

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas : Tous les deux étaient fidèles, des lèvres, du cœur, des bras, et tous les deux disaient qu’elle vive

et qui vivra verra… Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas.

Quand les blés sont sous la grêle,  fou qui fait le délicat ! Fou qui songe à ses querelles au cœur du commun combat ! Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas.

Du haut de la citadelle, la sentinelle tira par deux fois et l’un chancelle, l’autre tombe, qui mourra ?

Celui qui croyait au ciel ? Celui qui n’y croyait pas ?

Ils sont en prison.

Lequel a le plus triste grabat ? Lequel plus que l’autre gèle ? Lequel préfère les rats ? Celui qui croyait au ciel ? Celui qui n’y croyait pas ?

Un rebelle est un rebelle ! Deux sanglots font un seul glas !

Et quand vient l’aube cruelle passent de vie à trépas celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas ! Répétant le nom de celle qu’aucun des deux ne trompa.

Et leur sang rouge ruisselle ; même couleur, même éclat ; Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas…

Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu’il aima, pour qu’à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat.

Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas : L’un court et l’autre a des ailes, de Bretagne ou du Jura. Et, framboise ou mirabelle…  le grillon rechantera !

Dites flûte ou violoncelle,  le double amour qui brûla ; L’alouette et l’hirondelle, la rose et le réséda.

Nous remercions Pauline CHEVALLIER et son père le colonel CHEVALLIER conseiller en communication du général de corps d’armée de Saint-Chamas de nous avoir autorisés à vous offrir ce texte écrit et lu le 8 mai 2015 par cette jeune fille de 16 ans, place de la Mairie de Rennes, dans le cadre de la commémoration de la Victoire de la Liberté.

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